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Chômage: la deuxième épidémie



Le chômage devrait atteindre près de 15% d’ici 2020.

La crise est là, combinée à une activité économique qui ne se déroule pas à plein régime.

Par D. William

Le Maroc est-il à l’aube d’une crise sociale sans précédent? Nous pouvons le craindre. Les prévisions économiques rapportées par les analystes économiques ne sont guère rassurantes. Plus récemment, ceux du Haut Commissariat au Plan (HCP) dont les prévisions sont souvent assez proches des résultats.

Outre le fait que la situation pour cette période est très particulière, notamment en ce qui concerne les nombreuses incertitudes qui risquent de fausser même les prévisions les plus réalistes. Dans son dernier numéro, HCP considère “Le produit intérieur brut devrait, compte tenu d’une réduction prévue de 9% des taxes et droits sur les produits nets après subventions, enregistrer une baisse de 5,8% en 2020 au lieu d’une augmentation de 2,5% enregistrée en 2019”.

Dans ce contexte de dégradation de la croissance économique et en supposant une nouvelle tendance à la baisse du taux d’activité au niveau national, le chômage devrait s’élever à près de 14,8%, soit une augmentation de 5,6 points par rapport au niveau enregistré en 2019, prédit le HCP.

En conséquence, le déficit budgétaire devrait augmenter en 2020 pour atteindre près de 7,4% du PIB, ce qui dépasse largement le niveau atteint en moyenne chaque année entre 2011 et 2013, à savoir. 6,1% du PIB.

Tensions sociales

L’augmentation drastique du chômage entraîne de fortes tensions sociales. Le chômage, qui oscillait entre 9 et 10% avant cette crise, était déjà problématique en raison d’une croissance molle et irrégulière, qui ne couvre pas tous les jeunes entrant sur le marché du travail chaque année.

Avec la crise du virus de la couronne et une récession qui s’annonce sérieuse, c’est un euphémisme de dire que la situation sociale sera explosive. Mais vous pouvez vous y attendre. Covid-19 a mis des centaines de milliers d’entreprises en difficulté.

Dès la fin avril, l’enquête menée par la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM) a révélé que 815 entreprises interrogées (sur 1 740) avaient vu leurs activités baisser de plus de 50% au cours des trois premiers mois et 301 entreprises ont signalé une baisse entre 30% et 50%. De même, les entreprises interrogées craignent la perte de 165 586 emplois, soit 55% de leurs effectifs.

Cette crainte est partagée par de nombreux économistes, en particulier compte tenu de la sous-capitalisation et de la fragilité des PME marocaines, ce qui est confirmé par les derniers chiffres officiels disponibles montrant que 134 000 entreprises (sur 216 000 affiliées à la Caisse nationale de sécurité sociale) au Maroc sont en difficulté, ce qui a entraîné l’arrêt de travail temporaire de 900 000 salariés en avril.

Si l’économiste Mehdi Lahlou rejette la perspective d’un “chômage de masse pour 2020 au Maroc”, il estime toujours que“Il faut s’attendre à une explosion de la part de l’emploi, souvent appelée chômage caché”. De son côté, Coface table sur une augmentation de 25% des défaillances d’entreprises dans le monde.

“Malgré toutes les procédures mises en place par l’Etat, le Maroc n’y échappera malheureusement pas en raison du triple choc provoqué par la crise, notamment sur l’offre et la demande”., prévient Mehdi Arifi, PDG de l’assurance crédit chez Coface Maroc (www.fnh.ma).

Alors que la plupart des mesures prises par la commission des affaires économiques et monétaires ont pris fin le 30 juin, on peut se demander si l’État ne devrait pas redoubler d’efforts. Parce que la crise est là, conjuguée à une activité économique qui ne tourne pas à plein régime, notamment à cause du coronavirus qui circule encore.

Cela peut également bouleverser des prévisions qui n’étaient déjà pas du tout optimistes. Surtout qu’après la déconfinance, les enceintes localisées réussissent et continuent de perturber la machine économique. La ville de Tanger, poumon économique de la région nord, en est la preuve, et certains quartiers viennent d’être couverts après le déclenchement de nouvelles épidémies.




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